Flaque(s) de Geörgette Power
Un parcours sonore et visuel
Parempuyre
2023 → 2024
Direction artistique & conception
Coopération & ingénierie de projet
Accompagnement des artistes
Production d'œuvres
Médiation, relation au territoire & aux personnes
Communication, documentation & valorisation
Pendant un an, dans le cadre du programme Prismes, Geörgette Power a été accueilli en résidence à Parempuyre. Il a été particulièrement sensible à la richesse du patrimoine naturel de la commune, notamment aux marais, à leur histoire et aux espèces réelles ou légendaires qui y vivent. Si, de nos jours, l'impression d'une nature omniprésente et relativement préservée domine, elle est régulièrement sujette à des transformations engendrées par la présence humaine. En début de résidence, il a nommé son atelier Biologie végétale et animale de Parempuyre, jouant le parallèle avec le laboratoire d'analyses. Il y a observé la représentation des milieux aquatiques à travers l'histoire de l'art et les sciences, aidé d'ouvrages naturalistes, tout en étudiant le contexte environnemental local.
Des haïkus animés projetés sous les arbres, des fleurs-pensées sonores, d'étranges amphibiens surgis d'une légende de 1603. Dans le bois d'Arboudeau, Geörgette Power nous invite à passer de l'autre côté et à accorder notre vision avec celle d'une goutte d'eau.
Les étapes du projet

L'œuvre
Flaque(s)
Vidéo HD, couleur, stéréo, 9'12 en boucle
Dans une légende locale, les amphibiens ont une place singulière. Lors d'une révolte sanglante en 1603, les Hollandais chargés du chantier d'assèchement des marais ont dû fuir pour échapper aux ouvriers, avant d'être emportés par les marées jusque dans le fleuve. Peu après, d'immenses batraciens apparaissent le long des berges. Les Hollandais auraient survécu, métamorphosés en hommes-grenouilles ; on les appellera les grenomes. Créatures de l'entre-deux, à l'aise sur terre comme dans l'eau, ces chimères sont devenues le fil rouge du parcours imaginé par l'artiste.
Aux marges de cette fable, Geörgette Power a retracé les mutations successives du site : assèchements du XVIIe siècle, cressonnières, monoculture du maïs, urbanisation, et aujourd'hui « renaturation ». Ce dernier terme, qu'il a trouvé d'emblée dissonant, est le point de bascule du projet. Que préserve-t-on, et de qui ? Où s'arrête le naturel, où commence l'artifice ? Ces questions traversent l'ensemble des pièces sans jamais y répondre.
Le parcours se déploie dans le bois d'Arboudeau. Des sculptures-fleurs en métal thermolaqué diffusent des sons d'eau et de vent, invitant à passer dessous comme Alice franchit le miroir, basculer de l'autre côté, changer d'échelle, adopter le point de vue d'une goutte d'eau ou d'une rainette. Plus loin, projetée sous les arbres, la vidéo Flaque(s) enchaîne des séquences brèves à hauteur d'insecte, où grenouilles, micros et tulipes composent des paysages improbables. Prises de vue réelles, modélisations 3D et images de synthèse s'y mêlent sans hiérarchie, tandis que la bande-son entremêle enregistrements de terrain et sonorités électroniques. À force de brouiller les repères, l'artiste laisse une question flotter : le naturel revient-il vraiment toujours au galop ?


Au cours de notre promenade, nous ne parvenons pas toujours à distinguer le vrai du fabriqué. Les chants des oiseaux s’entremêlent à la musique ambiante, diffusée par des sculptures-fleurs-pensées. Le temps et les objets se superposent. Comme dans un énoncé performatif, Geörgette Power nous informe qu’un espace de convivialité est possible entre les différentes espèces, avec ou sans renaturation.
— Extrait du texte commandé à Luce Giorgi (collaboration avec Jeunes critiques d'art)
La relation au territoire et aux personnes
Le programme de médiation s'est construit dans la durée, en dialogue étroit avec les marais et avec celles et ceux qui les habitent, humains·es et non-humains·es. À partir d'une exploration des représentations des milieux aquatiques dans l'histoire de l'art et les sciences, la figure de la grenouille — et plus largement des amphibiens — est devenue le fil conducteur d'un cheminement collectif.
Deux collaborations au long cours ont formé le cœur de cette démarche : l'une avec les compagnons·nes de la communauté d'Emmaüs, portant sur la thématique de l'eau ; l'autre avec une classe de 5ᵉ du collège Porte du Médoc, les initiant à l'histoire de l'art par le prisme des batraciens. Une exposition de restitution mêlant leurs modelages et leurs gravures a été présentée à la Maison des associations.
À ces volets se sont ajoutés des ateliers, des instants contés, des visites du territoire et plusieurs temps de découverte dans l'atelier-laboratoire de l'artiste. Fidèle à l'univers poétique de Geörgette Power, le programme a cultivé l'écoute sensible des lieux, des rêveries et des récits personnels, et a permis de (re)découvrir la figure folklorique du grenome pour s'interroger sur la cohabitation des vivants·es.
en collaboration avec
le collège Porte du Médoc de Parempuyre - classe de 5ᵉ d’Aurélie Gélis, professeure d’arts plastiques
les compagnons et compagnes de la communauté d’Emmaüs


Photos : Barbara Fecchio, Geörgette Power, BAM projects














