Bel air de Marie Sirgue
Un ensemble de sculptures sonores
Ambarès-et-Lagrave
2023 → 2024
Direction artistique & conception
Coopération & ingénierie de projet
Accompagnement des artistes
Production d'œuvres
Médiation, relation au territoire & aux personnes
Communication, documentation & valorisation
Pendant un an, dans le cadre du programme Prismes, Marie Sirgue a été accueillie en résidence à Ambarès-et-Lagrave. Elle s'est implantée dans le quartier de la Cité Bel Air, construit dans les années 60 pour accueillir les rapatriés·es d'Afrique du Nord, les Vietnamiens·nes et les Espagnols·es. Ses bâtiments sont recouverts d'écailles rectangulaires saumon disposées en quinconce, qui donnent au quartier son identité singulière. Encore habitée, la cité est aujourd'hui en attente de démolition. Le temps y semble suspendu, figé, telle une vieille photo aux teintes sépia qui aurait traversé la Méditerranée, transportant avec elle des odeurs, des sons et des êtres. Avec Bel Air, Marie Sirgue rend hommage à l'histoire de ce quartier et à celles et ceux qui s'y sont abrités·es un temps, puis qui ont dû ou qui devront le quitter.
Des écailles saumon comme retirées des immeubles et suspendues sur des structures de jeux d'enfants, activées par une chorale d'oiseaux. À Ambarès-et-Lagrave, Marie Sirgue déshabille un quartier promis à la démolition pour en garder la mémoire vivante.
Les étapes du projet

L'œuvre
Bel Air
Ensemble de 5 sculptures
Métal galvanisé, linoléum, sandow, lettres en chêne lasuré
Dimensions variables
Chaque sculpture prend la forme d'un mobilier d'aire de jeux — une roue, une tour, une vague, un toboggan en métal — recouvert de nappes d'écailles souples en linoléum qui reprennent la colorimétrie et le système de tuilage de la résidence. Des nappes comme retirées des immeubles voisins, venues occuper l'espace public. Avec cette métaphore où les bâtiments laissent leur couverture pour un autre usage, l'artiste nous invite à nous interroger sur ce qui disparaît.
Le choix du linoléum ne tient pas du hasard. Ce matériau, familier des intérieurs des années 60 et 70, convoque une mémoire collective domestique et intime. Les nappes ont été tissées avec les habitants·es lors de plusieurs ateliers de confection, pensés comme un espace de dialogue intergénérationnel où se croisent les récits d'enfants d'aujourd'hui, de parents d'hier, d'habitants·es de longue date.
À ces sculptures, Marie Sirgue a associé la poésie du chardonneret, petit oiseau dont l'histoire est reliée aux questions culturelles qui la préoccupent. Dans les pays et les communautés du pourtour méditerranéen, ce passereau fait l'objet d'une coutume populaire : capturé, mis en cage, il est stimulé pour développer un chant particulièrement mélodieux, tant sa faculté d'imitation est innée. Cette pratique traditionnelle est aujourd'hui interdite. Marie Sirgue imagine que cet oiseau aurait peut-être accompagné les résidents·es de Bel Air.
Les sculptures sont mobiles. Présentées ensemble dans le parc de la résidence lors de l'inauguration, elles se ont ensuite voyagé sur la commune à l'image des populations et des cultures qui se sont succédées dans le quartier, avant d'essaimer et de se mêler à la ville. En déplaçant ses sculptures, Marie Sirgue contribue à garantir la mémoire de ce qui fait une ville plurielle.

Enfants et adultes ont chanté au sein de l’installation — en solo, en duo, dans ce langage diapré que forment les chants d’oiseaux. Puis, parés·es d’une écaille chacun·e, iels ont déambulé dans le quartier, aidé·e·s d’appeaux, formant une joyeuse parade cacophonique.
Certaines structures ont été déplacées dans un parc de la commune pour
d’autres rendez-vous sonores en hommage à Bel Air. L’œuvre symbolise la fin d’une architecture et d’une époque, avant de devenir un souvenir porté par une mélodie persistante : une nouvelle histoire à chanter et à raconter
— Extrait du texte commandé à Meryam Benbachir (collaboration avec Jeunes critiques d'art)
La relation au territoire et aux personnes
Marie Sirgue a invité le performeur vocal Loïc Varanguien de Villepin à créer une chorale d'oiseaux : une voix collective, mouvante. Inspirée par le chardonneret, oiseau méditerranéen connu pour ses chants imitatifs et porteur de récits migratoires, elle a souhaité donner corps à une mémoire sonore vivante, construite dans le temps. Loïc Varanguien de Villepin a mené près d'une dizaine d'ateliers dans différents lieux de la commune tout au long de l'année. Ces séances, ouvertes à tous·tes, ont rassemblé un groupe à géométrie variable : des enfants, des adultes, des anciens·nes, des voisins·es, des curieux·ses. La chorale est devenue, au fil du temps, un organisme vivant et composite, riche de voix multiples et de parcours dissemblables.
Les séances alternaient explorations vocales, improvisations et apprentissage de sons inspirés d'oiseaux, mélange de sons glottaux et de sifflements à l'aide d'appeaux. Certains·es participants·es ont même apporté leur propre chant, comme Francis avec le vautour, Léo avec le canari et Basma avec la forêt. Le groupe a composé un répertoire de dix chants, ainsi qu'une mise en scène chorégraphique en lien avec les sculptures : comment se déplacer, occuper l'espace, jouer avec les structures comme des perchoirs ou des cages sonores.
La chorale a réalisé deux représentations publiques : lors de l'inauguration de l'œuvre le 5 juin 2024, et lors d'une déambulation pendant la Fête de la Musique. À chaque fois, les voix ont investi l'espace public, animant les œuvres de chants, de cris, de souffles.
Pour écouter des extraits : dda-nouvelle-aquitaine.org/Bel-air-51203
en collaboration avec
le Pôle Culturel évasion
l'école élémentaire Bel Air
les Francas de la Gironde
la Résidence autonomie le Moulin
la Bibliothèque municipale François Mitterrand


Photos : Barbara Fecchio, Marie Sirgue, BAM projects













