Parle-moi / Parle-moi / Parle-moi (de ton cœur) d’Ash Love
Une sculpture collaborative
Bruges
2023 → 2024
Direction artistique & conception
Coopération & ingénierie de projet
Accompagnement des artistes
Production d'œuvres
Médiation, relation au territoire & aux personnes
Communication, documentation & valorisation
Pendant un an, dans le cadre du programme Prismes, Ash Love a été accueilli·x en résidence à Bruges. Il s'est intéressé·x à la manière dont un vœu prend vie à travers l'objet du porte-bonheur, et à la façon dont un symbole — le cœur, le trèfle, les astres, la clé, une date — trouve une résonance magique et superstitieuse en chacun·e de manière singulière. Cette résonance émane parfois d'une histoire commune, comme la clé de Sainte Quitterie ayant le pouvoir de guérir les malades de la rage, emblème de la ville de Bruges. Parfois d'un objet du quotidien, universel, comme la clé de chez soi. Parfois de quelque chose de beaucoup plus intime.
Pendant plusieurs mois, Ash Love a invité les habitants·es de Bruges à formuler des vœux en confectionnant des talismans, pendentifs aux couleurs et perles symboliques. Ces éléments sont devenus partie intégrante de l'œuvre installée dans le quartier du Tasta.
Cinq cœurs de grillage portent, entremêlés, les rêves et les secrets des habitant·es de Bruges. Dans des fioles scellées, des breloques, des nœuds serrés bien fort pour tenir la distance. Une trame de métal et d'espoir qui les lie autant que leur territoire.
Les étapes du projet

L'œuvre
parle-moi / parle-moi / parle-moi (de ton cœur)
Ensemble de 4 sculptures (Gakyid, Zosma, Alioth et Stella)
Acier thermolaqué, résine, cadenas, perles, rubans, chaînes
180 × 170 cm chacune
L'œuvre a été pensée par Ash Love pour accueillir et rassembler dans l'espace public des multitudes de rêves anonymes. Cinq grilles en forme de cœur portent les talismans créés par l'artiste et par les habitants·es. En hauteur, quatre cœurs alignés forment une phrase, un texto que l'on pourrait envoyer. Et comme s'il s'était échappé, un dernier cœur reste accessible pour continuer à y accrocher de nouveaux porte-bonheurs.
Le motif de la grille est à la fois un emprunt au paysage urbain, un écho au treillis de jardin sur lequel les fleurs viennent s'appuyer pour grandir, une représentation du principe de la norme qui segmente et enferme, et une allusion au réseau d'eau souterrain qui maille le territoire et témoigne du passé de marais du Tasta. Ash Love est venu·x tordre cette trame stricte, droite et impersonnelle par un tressage, et la perturber avec une multitude d'objets et de couleurs, tous différents, tous portant un message intime et invisible. Car ici, les porte-bonheurs sont apparents, exposés, mais le vœu qu'ils renferment reste secret, propriété de celui·lle qui l'a formulé. L'eau qui irrigue le quartier reste elle aussi invisible.
Comme les breloques d'un bracelet, l'œuvre rassemble des formes aux implications infinies : le cœur, le trèfle, l'étoile, la clé. Allégories universelles de l'amour, de la chance, de la magie et du secret, elles portent aussi des histoires communes ou personnelles. La clé est une référence à celle de Sainte Quitterie, qui avait le pouvoir de guérir les malades de la rage, emblème de la ville de Bruges ; elle évoque aussi le cadenas, et plus particulièrement ceux accrochés pour symboliser un amour. Le cœur résonne à plusieurs niveaux : dans le choix de la date d'inauguration, le 14 février, ou dans le titre évoquant une chanson de Nâdiya.
Avec cette œuvre, Ash Love propose un travail autour du geste de nouer un vœu, présent dans de nombreuses traditions païennes et populaires — pour fêter la vie ou la mort, célébrer ou se souvenir, déposer un message ou sceller une promesse d'amour. L'installation offre ainsi un espace d'amour et de soin dans l'espace public.

Il en faut, de la tendresse, pour choisir la confiance comme matière première et travailler le lien. Plutôt que de verrouiller le cadenas par un clic brutal, les mots sont tressés de soie dans la douceur du geste et le temps long, celui du soin, qu'il faut prendre pour renforcer les nœuds.
— Extrait du texte commandé à Mathilde Leïchlé (collaboration avec Jeunes critiques d'art)
La relation au territoire et aux personnes
Ash Love a invité les habitants·es à prendre part à la création de talismans. Ces porte-bonheurs réalisés par leurs soins ont été ajoutés à l'œuvre présentée dans l'espace public, au quartier du Tasta.
Les contributions se sont organisées autour de temps collectifs en présence de l'artiste et animés par la médiatrice, ainsi que via la diffusion de kits de fabrication de talismans distribués dans toute la commune. Le principe était simple : assembler son talisman à partir des breloques et perles du kit, y adresser un vœu en le gardant secret, puis l'accrocher sur l'œuvre, sur la grille-cœur du mur de l'école Arc-en-Ciel.
Après l'inauguration du 14 février, les habitants·es ont continué à déposer de nouveaux vœux tout au long de l'exposition, faisant de l'œuvre un objet toujours en train de se composer.
en collaboration avec
l'école Arc-en-ciel
le collège Rosa Bonheur
l'école maternelle Jacques Prévert
la maison municipale du Tasta
le CCAS
l'école Frida Kahlo
l’ALSH Jacques Prévert
la Ludo-Médiathèque Le Château
Sébastien Gazeau, directeur de Documents d’artistes Nouvelle-Aquitaine


© Ash Love / ADAGP, Paris, 2024 — Photos : Barbara Fecchio














