RÉSERVOIRS de Barbara Kairos

Une installation organique

Ambès

 

2023 → 2024

Direction artistique & conception

Coopération & ingénierie de projet

Accompagnement des artistes

Production d'œuvres 

Médiation, relation au territoire & aux personnes

Communication, documentation & valorisation

artiste

Barbara Kairos

partenaires PUBLICS

Bordeaux Métropole
 Ville d'Ambès

Pendant un an, dans le cadre du programme Prismes, Barbara Kairos a été accueillie en résidence à Ambès. Elle a pris le temps de sonder le territoire, de l'observer, de l'arpenter. Elle en a prélevé des fragments : du bois roulé, rongé par l'eau ; la terre rouge et ferreuse dont sont faits les marais ; les peaux de fruits et de légumes récoltées au fil des semaines. Elle a écouté les légendes locales dans les récits des habitant·es et s'est étonnée de ce qui n'étonne plus ici : un lieu où la nature se choque contre l'extrême industrie, où le marais protégé côtoie les cuves de pétrole qui, vues du ciel, dessinent de grands cercles sur la terre.

Les sculptures de Barbara Kairos semblent sorties de l'eau ou de ces bassins aux teintes cuivrées et noires qui rappellent les cuves des usines plus loin. À Ambès, entre marais protégé et zone pétrolière, l'imaginaire surgit dans le réel et révèle ses ambiguïtés.

Les étapes du projet

Les œuvres

LES BASSINS

2024
Mousse extrudée, vernis noir, peaux de légumes, colle de peau, sable
3 cercles de 160 × 160 × 15 cm

Collection #3 à BAM projects

Trois cercles posés au sol, remplis de jus teintés, de colle de peau et de sable. Leur forme rappelle les cuves de pétrole qui occupent le bec d'Ambès et qui, vues du ciel, dessinent de grands cercles sur la terre. Ici, la palette explore le brun terreux jusqu'au noir, obtenue en associant peaux d'avocats et soupe de clous — une couleur qui répond directement à celle du paysage industriel voisin.

Comme les autres pièces de Réservoirs, ces bassins sont vivants : exposées en extérieur, les peaux sont devenues odorantes, se sont ramollies, ont fondu, moisi, avant de se désagréger au contact du sol. Une manière pour l'artiste d'explorer les interstices du vivant, ses métamorphoses et ses fragilités, une réflexion qui vaut aussi pour un territoire et ses mutations.

LA GALIPOTE

2024
Bois flottés, peaux de légumes, colle de peau
Dimensions variables

Parcours d’éducation artistique et culturelle : La Vie Aquatique, 2023-2024

Dans son atelier, comme dans une cuisine, Barbara Kairos a façonné sa propre matière. Des décoctions de peaux de légumes, mélangées à de la colle de peau et à de l'agar-agar, étalées au sol puis séchées, sont devenues de grands cuirs végétaux aux teintes ocre et cuivrées. Ces peaux habillent les bois flottés ramassés sur les rives, polis par les eaux : l'artiste a doté ces carcasses d'un corps, en a fait des chimères, des créatures des marais.

Leur nom vient d'une légende qui hanta longtemps la région : la Galipote, créature maléfique qui parcourait la campagne la nuit en sautant sur le dos des habitant·es. Installées près de la Dordogne, les bêtes de Barbara Kairos arpentent à nouveau le territoire. Elles semblent sorties de l'eau ou bien de ces bassins voisins, remplis de la même matière.

LA CABANE

2024
Soie teintée à la terre ferrugineuse, câble métallique, acier, mousse extrudée, vernis noir, peaux de légumes, colle de peau, sable
280 × 280 × 300 cm

Vues de l'exposition Interférences d'Anaïs Gauthier - crédits Barbara Fecchio.

À partir de photographies et de croquis réalisés au cours de ses arpentages, Barbara Kairos a recomposé le paysage d'Ambès. Elle en a conservé des formes, des objets, des bâtiments, dont elle a simplifié les lignes. Le dessin a ensuite été imprimé sur la soie selon la technique du Bogolan, un procédé ancestral d'impression textile originaire du Mali, pratiqué sur des cotonnades artisanales. L'artiste en inverse ici le principe habituel : elle travaille d'abord les motifs avec la terre des marais, puis lave et rince les tissus de leur pellicule terreuse. Ne subsiste alors qu'une couche d'oxyde, empreinte faible et fantomatique. Suspendu, léger dans le vent, tournant comme un moulin, ce dôme de soie superpose au réel les contours d'un paysage rêvé.

Barbara le sait, ses œuvres sont soumises au temps. Elles souffriront du soleil et de la pluie. Les peaux se déferont sûrement, glisseront, le bois pourrira. La soie s'abîmera, la teinture s'estompera, le paysage se brouillera davantage avant de s'effacer. Doucement elles disparaîtront, avalées par la terre ou par l'eau. Alors à nouveau, subsistera le souvenir, le récit, la légende.
Extrait du texte commandé à Tania Hautin-Trémolières (collaboration avec Jeunes critiques d'art)

La relation au territoire et aux personnes

Le programme de médiation s'est déployé en trois cycles. Les habitants·es ont d'abord (re)découvert leur territoire et les matières qui s'y trouvent, avant de s'emparer des légendes locales pour imaginer de nouvelles formes de patrimoine immatériel, par le biais d'ateliers de confection et de contes. La découverte de la mystique Galipote, créature du folklore des provinces du Sud-Ouest, a laissé libre cours à l'interprétation et préparé la rencontre avec l'œuvre finale.

Les Ambésiens·nes ont également été amenés·es à s'interroger sur le monde industriel prégnant sur la commune, via des conférences. Dans le même esprit, des ateliers de travail « à la chaîne » avec les enfants de l'école primaire Jacques Brel ont permis de comprendre le processus de travail en usine, et ce qu'il partage avec un processus de création artistique.

en collaboration avec

l’école élémentaire Jacques Brel
la Maison syndicale de Bassens et la CGT de la presqu’île
la médiathèque François Mitterrand
Louise Taschet, spécialiste des techniques de teinture
Stéphanie Lafitte, conteuse
Daniel Marsan, vice-président de l’Association pour un meilleur environnement

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